Une semaine après la CARICOM, Haïti attend toujours la suite

Une semaine après le départ du Groupe des éminentes personnalités de la CARICOM, les mêmes interrogations demeurent : insécurité persistante, calendrier électoral fragile et contestation du pouvoir. La délégation caribéenne était-elle venue préparer une sortie de crise ou simplement prendre une nouvelle fois le pouls d’un pays enlisé ?

Pendant sept jours, du 2 au 9 septembre, trois anciens Premiers ministres caribéens — Kenny Anthony, Bruce Golding et Perry Christie — ont rencontré responsables gouvernementaux, Conseil électoral provisoire, partis politiques, organisations de la société civile, secteur privé, jeunes, organisations de femmes et défenseurs des droits humains. La délégation s’est également entretenue avec la direction de la Force de suppression des gangs.

Officiellement, la mission avait trois objectifs : évaluer la situation politique, examiner l’évolution de la sécurité et discuter des préparatifs des élections annoncées pour le 13 décembre. Mais la CARICOM poursuit aussi depuis 2023 une mission plus large de bons offices : faciliter le dialogue entre les différents protagonistes de la crise et favoriser une solution conduite par les Haïtiens eux-mêmes.

La délégation n’est donc pas venue en Haïti avec le pouvoir de changer un gouvernement ou d’imposer une nouvelle architecture politique. Elle est venue écouter, rapprocher des positions et établir son propre diagnostic.

Et ce diagnostic est loin d’être rassurant.

Dans son communiqué publié le 14 septembre, la CARICOM reconnaît que l’inscription des électeurs avance trop lentement et relève que certaines parties du territoire échappent toujours au contrôle de l’État. Elle rapporte également que plusieurs partis considèrent certaines exigences du processus électoral trop lourdes et envisagent qu’un report du scrutin du 13 décembre puisse devenir nécessaire.

Plus préoccupant encore : la sécurité.

Le groupe dit avoir constaté une recrudescence des violences meurtrières et des enlèvements. Il rappelle qu’aucun véritable processus électoral national ne peut fonctionner sans permettre l’enregistrement des citoyens, la circulation des candidats, la campagne politique et le vote dans des conditions suffisamment sûres.

Pendant ce temps, la crise politique continue.

Des regroupements opposés au gouvernement ont profité de la présence de la CARICOM pour demander une modification de la transition. L’Opposition progressiste a notamment réclamé le départ du gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, qu’elle tient responsable de l’incapacité, selon elle, à rétablir suffisamment la sécurité et à créer les conditions nécessaires aux élections. D’autres organisations ont contesté le processus électoral sans nécessairement défendre exactement la même formule de transition.

C’est là que se trouve la limite de l’exercice.

La CARICOM peut réunir les acteurs autour d’une table. Elle peut transmettre des recommandations, faciliter des négociations et attirer l’attention des partenaires internationaux. Elle ne dispose cependant ni d’une force de sécurité propre capable de reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, ni d’un pouvoir institutionnel lui permettant de remplacer les autorités haïtiennes.

Son communiqué final le montre clairement : plutôt que d’annoncer une nouvelle formule politique, la CARICOM appelle surtout les partenaires internationaux à accélérer les engagements sécuritaires déjà pris envers Haïti.

Alors, promenade de santé ou mission utile ?

La réponse se situera moins dans les nombreuses rencontres organisées à Port-au-Prince que dans ce qui suivra.

Si cette semaine de consultations débouche sur un dialogue politique réel, une accélération des moyens sécuritaires et une réévaluation lucide des conditions électorales, la mission aura joué son rôle.

Dans le cas contraire, elle rejoindra la longue liste des délégations internationales venues écouter une crise haïtienne que tout le monde semble désormais capable de diagnostiquer, mais que personne ne parvient encore à résoudre.

Huit jours après le départ des émissaires caribéens, une chose demeure certaine : la CARICOM est repartie avec beaucoup d’informations. Les Haïtiens, eux, attendent toujours les résultats.


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